Bilan de l'action du Forum Civique

Texte diffusé à l'occasion du Congrès du 13 Avril 1999

Au terme de deux ans de fonctions comme Secrétaire Général du Forum, et de 18 mois de gestation de celui-ci, je dois statutairement passer la main à d'autres personnes. Je m'en réjouis, car je crois être parvenu au terme de ce que je suis capable de faire pour le Forum. Je m'en éclaircirai plus loin.

Il est donc temps pour moi de dresser un bilan de notre action, et de donner quelques pistes pour l'avenir.

1. Une intuition initiale toujours valide

Je formulerais l'intuition initiale du Forum Civique de la manière suivante.

1.1 Validité éthique de la démocratie

Le fonctionnement démocratique des institutions publiques n'est pas "le pire système de gouvernement à l'exception de tous les autres", selon le mot de W. CHURCHILL . Sa validité ne se discute pas selon des critères techniques d'efficacité ou autres. La démocratie, c'est à dire la participation réelle de tou(te)s les citoyen(ne)s aux décisions collectives est la traduction dans le champ des institutions publiques du respect dû à chaque personne humaine. L'être humain a, dans le champ du collectif comme dans tous les autres aspects de sa vie, droit au respect de sa parole et de son être.

La participation aux décisions collectives se situe aux trois niveaux de cette décision :

Il suffit qu'un seul de ces pouvoirs soit monopolisé par un cercle restreint de personnes pour que le caractère démocratique de la prise de décision soit remis en cause.

1.2 Fonction et dysfonctionnements des partis politiques

Tous les citoyens n'ont pas un même degré d'implication dans la vie publique. Cela est légitime. D'autre part, l'offre de décisions publiques gagne à être structurée selon des ensembles idéologiquement cohérents : cela augmente la lisibilité de celle-ci, et donc la capacité concrète de choix des citoyen(ne)s lors des élections.

La démocratie entre les partis politiques fonctionne convenablement en France et en Europe : les élections sont soumises à des procédures rigoureuses qui en assurent la sincérité, le contrôle judiciaire a posteriori est effectif et efficace, la fraude est à la fois de faible ampleur et bien réprimée. En revanche, elle est grandement dysfonctionnante à l'intérieur des partis politiques. Le monopole des pouvoirs décrits ci-dessus en un nombre mains très restreint aboutit à un discrédit fort, et dommageable à l'ensemble du corps social. Inutile de revenir sur ces points connus.

1.3 Faire soi-même

Lorsque l'existant n'est pas satisfaisant, et qu'il apparaît difficile à modifier de l'intérieur, il n'apparaît pas d'autre solution que de faire soi-même plutôt que d'attendre que d'autres fassent à notre place.

Ces intuitions initiales me paraissent toujours valides. L'absence de démocratie dans les partis politiques me semble être le n¦ud, le centre névralgique à l'origine du discrédit de la classe politique. Ce dernier entraîne le discrédit et donc finalement l'impuissance de l'action publique. Celle-ci entraîne à son tour le règne de l'arbitraire et de la force, à l'opposé de la régulation par le droit (qui peut seule être soumise à des principes et des finalités éthiques). Agir sur la démocratie interne des partis politiques était en 1995, et est toujours aujourd'hui, une action au c¦ur des dysfonctionnements sociaux, une action dont la capacité de transformation sociale est la plus forte et la plus radicale. C'est la clef, le noyau bloquant de la société, dont la levée rend au reste sa mobilité et sa capacité d'action.

2 Des réalisations de qualité, conformes à nos objectifs

2.1 Les Propositions d'Action Publique

Les Propositions d'Action Publiques que nous avons collectivement élaborées, discutées et adoptées me paraissent à la fois raisonnablement innovantes et de bonne qualité technique. En tout état de cause, elles me paraissent aisément soutenir la comparaison avec les propositions issues des partis politiques traditionnels.

Mais le plus important est à mes yeux ailleurs : ces Propositions d'Action Publique sont parties de l'initiative d'une personne, mais sont progressivement devenues la parole de tou(te)s. Nous nous les sommes appropriées, et leur adoption nous paraît légitime. Nous avons donc réussi, à notre échelle, ce pari difficile de la transformation d'une parole individuelle en une parole collective qui conserve la force et la cohérence de l'idée initiale. Mieux encore, j'ai le sentiment que nos discussions, parce qu'elles étaient de bonne foi et que nous nous sommes donnés les moyens qu'il en soit ainsi, ont amélioré, enrichi les Propositions d'Action Publique initiales. Je crois que l'objectif essentiel de respect et d'écoute de la parole de chacun(e) a été atteint. Cet objectif a prouvé non seulement sa validité éthique, mais aussi sa validité technique : on est plus intelligent, on prend en compte la réalité de manière plus riche à plusieurs que tout seul.

2.2 Les Cafés Politiques

Nos Cafés Politiques passés ont été de bonne qualité : les intervenants, les discussions, les propositions qui en résultent sont perçus comme enrichissants par les participant(e)s. L'écoute et l'orientation concrète des débats semblent bien perçues. Le nombre de participants est significativement plus élevé que celui de nos réunions internes.

Les intervenants semblent satisfaits de l'atmosphère, de la qualité des débats.

Les Cafés Politiques commencent à nous donner une petite notoriété dans le monde des associations politiques.

Un grand sujet de satisfaction pour moi est que les cafés Politiques sont un certain succès, et que je ne suis à l'origine ni de l'idée de départ, ni de sa traduction concrète.

3 L'échec majeur du renouvellement et de la croissance

Nous ne sommes pas parvenus à croître et à nous développer. C'est pour moi un échec majeur. J'en assume la responsabilité. Je ne sais pas à quoi l'attribuer, et ne sais comment y répondre. Je me sens impuissant à améliorer la situation.

Je crois aux vertus vitales du renouvellement des responsables dans une structure. C'est un des points forts de nos statuts, et je le crois très sain.

Ce sont les raisons de mon souhait de transmettre mes responsabilités à quelqu'un d'autre, qui saura mieux que moi donner un second souffle au Forum.

Retour au Sommaire Général. Document révisé le 10 octobre 1999.

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