Ces principes et objectifs constituent l'accord minimal requis entre les membres du parti : tout membre est tenu d'y souscrire. Ils forment le cadre idéologique, volontairement très large, à l'intérieur duquel nous plaçons notre réflexion, notre action et nos propositions. Ils ne sont modifiables qu'au terme d'une procédure démocratique rigoureuse. Nous reconnaissons qu'ils peuvent entrer en conflit. L'objet du choix politique est précisément de choisir entre des exigences également légitimes et contradictoires.
En premier lieu, nous affirmons que la personne humaine est dotée d'une dignité inaliénable et imprescriptible. Tous les êtres humains sont égaux en dignité, sans aucune distinction. Cette dignité traduit le respect dû inconditionnellement à chaque être humain, parce qu'il est humain. Cette affirmation est le fondement, le moteur et le guide de notre action.
Cette dignité confère à chaque être humain un ensemble de droits :
Les êtres humains sont égaux dans l'accès à ces droits, sans considération de sexe, d'âge, de condition sociale, d'origine nationale ou ethnique, de religion, d'état de santé. Les seules sources de différence de droits que nous reconnaissions sont la citoyenneté et la distinction entre personnes mineures et majeures. Pour nous, une frontière est un lieu nécessaire de séparation et de limite, mais aussi celui des échanges régulés nécessaires à la vie.
L'épanouissement de la personne humaine est multidimensionnel : il passe par la prospérité matérielle, aussi par d'autres satisfactions parmi lesquelles celle de besoins affectifs, spirituels, esthétiques, et de reconnaissance sociale. Ces dimensions sont d'ordre différent, et le choix politique est entre ces dimensions. Dans une première analyse, nous reconnaissons l'efficacité des mécanismes de marché à produire, dans certains cas, des biens matériels de qualité accessibles au plus grand nombre. Néanmoins, nous refusons la prétention de la doctrine appelée "libéralisme économique" à régenter toute activité humaine. La production de biens matériels est une considération légitime, mais parmi d'autres.
Nous croyons que l'épanouissement de la personne passe notamment par une relation de respect avec soi-même, avec autrui, avec la nature et avec l'histoire. Cette relation est incontournable : la conception d'un être humain seul, d'un individu-roi nous paraît trop réductrice pour présider aux choix politiques et socio-économiques. Mais cette relation doit être voulue et choisie par chacun : nous ne souscrivons pas à la vision de communautés organiques fermées qui possèdent et définissent la personne ou dont les intérêts priment ceux de ses membres.
Nous soutenons que le devoir d'une société est de donner à tout individu la possibilité de son épanouissement.
Notre humanisme est lucide. Nous intégrons dans notre vision de l'homme les avancées des sciences humaines, en particulier la sociologie et la psychologie de l'inconscient, sans chercher à plaquer de vision idéalisée de l'humanité. Ce souci de vérité nous paraît une condition de l'efficacité de l'action.
Nous sommes des démocrates. Nous considérerons les citoyens comme des adultes responsables, co-auteurs de leur avenir collectif. Chacun doit pouvoir participer (à la hauteur de sa disponibilité, de ses moyens et de sa motivation) à son élaboration, à son adoption et à sa mise en ¦uvre. Le Forum Civique pratique la démocratie interne et contribue à la participation de chacun aux décisions collectives.
Nous faisons le choix de la cohésion sociale. Nous croyons que la société doit donner à chaque citoyen une place à la mesure de ses capacités et de son désir d'intégration. Il nous paraît nécessaire qu'elle forme un tissu continu, sans rupture; que chacun ait le sentiment justifié que l'accès à une situation sociale meilleure lui est ouvert. Un moyen de cette cohésion est le dialogue institutionnel entre ses membres.
Nous sommes des fédéralistes européens. Les nations d'Europe partagent selon nous un patrimoine historique, culturel et philosophique commun. Nous sommes particulièrement attachés aux éléments suivants : le respect de la personne humaine, l'appropriation critique de la tradition, le désir de transformation de l'existant et d'exploration d'espaces nouveaux, le dialogue rationnel comme outil de découverte objective et de progrès mutuel, la liberté. Cet héritage, décliné selon des modalités spécifiques à chaque culture nationale, est le fondement et la justification de notre aspiration à une entité politique fédérale européenne, capable d'agir avec force et d'incarner ces valeurs dans le monde. De même que la première Renaissance est née de l'appropriation par l'Europe de la culture antique, il nous paraît qu'une nouvelle Renaissance est possible, si l'Europe sait écouter et intégrer les cultures et les traditions extra-européennes, mais aussi se réapproprier son patrimoine culturel après un demi-siècle de guerre froide.
Ce fédéralisme est fondé sur un principe de subsidiarité. Une décision ne doit être prise par une autorité de taille supérieure que si cette échelle de décision est plus efficace.
Nous avons le souci du long terme, et en particulier d'un développement durable. Nous croyons qu'il est de notre responsabilité d'assurer à tous les habitants de la planète une prospérité matérielle durable, selon un mode compatible avec la finitude des ressources naturelles disponibles. Mais nous allons au-delà : ce qu'il est de coutume d'appeler l'environnement est d'abord un ensemble de relations bio-géo-chimiques dont dépendent la vie et les conditions de vie de l'être humain. Notre politique se situe dans le respect de ces relations.
Nous choisissons de lier (et non d'opposer ni de séparer) notre développement durable à celui de tous les pays, y compris les plus pauvres. Nous refusons que l'Europe devienne un continent riche, vieillissant et aseptisé, isolé du reste du monde, et surtout de ses populations les plus pauvres, par un nouveau "limes". Notre action, nos relations avec les êtres humains, sont à l'échelle de la planète.
L'action politique se juge aussi sur ses moyens. Notre respect de l'autre nous conduit à minimiser la violence dans la résolution des conflits. La paix internationale, la paix sociale et la paix intérieure dépendent de cette recherche d'une violence minimale.
Les principes et objectifs décrits ci-dessus se limitent les uns les autres. De même, l'intérêt individuel et l'intérêt dit général des différentes échelles de collectivité (du voisinage à l'humanité tout entière). A nos yeux, la démesure et l'erreur (l'horreur ?) surviennent lorsque l'un de ces principes ou objectifs ou l'intérêt d'une de ces échelles de collectivité est érigé en absolu.
Pour nous, le cours de l'Histoire n'est pas une fatalité. Sa signification, son évolution ne nous sont pas données. Les déterminismes sociaux et économiques sont forts mais pas absolus. Au contraire, nous croyons que la responsabilité de chacun est de lui donner un sens. Que l'action humaine libre peut modifier les événements, dans une mesure étonnante. Notre action politique s'inscrit dans la conviction que nous avons le droit et le devoir de choisir l'avenir que nous voulons vivre, et que nous avons le pouvoir de contribuer à le réaliser.
Enfin, nous ne nous figeons pas dans des certitudes acquises. Notre vie se nourrit de mouvement, de questionnement, de remise en cause. Elle nous appelle à renouveler nos convictions et nos pratiques.
Retour au Sommaire Général.
Document révisé le 2 juin 1998.
© Forum Civique, 1998. Ce document est la propriété du Forum Civique, des citoyens prennent leur démocratie en mains. Il ne peut être reproduit ou communiqué publiquement sans son autorisation écrite préalable.